Les figurines, phénomène culturel et de collection

 

Les figurines ne sont plus un simple loisir d’enfants, mais aussi dorénavant des objets de collection et de spéculation. Décryptage de ce marché passionnant par Alexandre Boissenot, Category Manager TCG, Toys & Collections, eBay en France.

Comment se porte ce marché des figurines ?

Longtemps perçue comme un simple loisir, la figurine s’impose désormais à la fois comme un phénomène culturel et un actif financier. Le phénomène touche toutes les générations et s’institutionnalise, porté par la puissance des licences, la rareté organisée et la culture pop mondiale. La figurine ne relève donc plus seulement du jouet ou de la nostalgie, mais d’un univers économique à part entière. Le marché mondial des figurines de collection est aujourd’hui estimé à environ 13,2 milliards de dollars, et devrait atteindre près de 25,9 milliards de dollars d’ici 2033 (Source :  DataIntelo). En France, le marché du jouet pèse déjà près de 4,3 milliards d’euros (Source : Circana).

La dynamique repose sur une communauté d’acheteurs très engagés. Selon une étude Ifop pour eBay, 77 % des Français ont déjà collectionné au cours de leur vie, et 1/3 poursuit cette pratique aujourd’hui. Les figurines séduisent particulièrement : 26 % des Français, soit 14 millions de personnes, en ont déjà possédé, et près de 5 millions demeurent des collectionneurs actifs. Sur eBay, les recherches liées à « Labubu blind box » y ont bondi de 260% en un mois (Source : eBay, août 2025), plaçant la figurine dans le top 3 des collectibles aux côtés de Pokémon et Lego. Les collectionneurs dépensent en moyenne 469 euros par an pour leur passion, ceux de figurines dépensent 561euros (Source : Ifop x eBay)

Le public s’est progressivement élargi: la collection attire désormais les femmes, les amateurs de design intérieur et même les investisseurs, qui considèrent certaines figurines comme un actif alternatif

Comment expliquer la vitalité des dernières années ?

Trois moteurs alimentent actuellement la tendance : TikTok, la généralisation des blind boxes et l’influence des cultures asiatiques. Les marques exploitent désormais la rareté organisée — éditions limitées, collaborations exclusives, lancements en séries courtes — pour stimuler l’engagement. Ce modèle alimente un marché secondaire en pleine ébullition, où certaines pièces voient leur valeur démultipliée. L’achat de figurines s’apparente de plus en plus à un placement.

Les figurines deviennent donc des objets de collection, voire de spéculation, plus que des jouets ?

Effectivement, le statut de ces objets a profondément évolué. Dans les années 1970-1980, les figurines symbolisaient avant tout le jeu. Les années 2000 ont vu émerger les Art Toys, véritables œuvres de design, destinées à l’exposition plus qu’à la manipulation. En 2005, Funko a bouleversé le modèle : les communautés ont pris la main sur la demande, dictant aux fabricants les personnages ou les licences attendues.

Puis les « blind boxes » ont transformé l’acte d’achat. Le consommateur ne cherche plus uniquement un produit, mais une expérience, nourrie par le suspense et la surprise. Ouvrir une boîte devient un rituel. Certains espèrent même décrocher une figurine rare, dont la revente dépassera largement le prix initial — un mécanisme proche du tirage aléatoire ou du jeu d’argent. Cette mécanique entretient une forte adrénaline d’achat et stimule considérablement les ventes.

Pourquoi ce changement de statut ?

Les figurines combinent désormais valeur ludique, esthétique et symbolique. Elles traduisent des identités, des appartenances, des émotions. L’exposition sur les réseaux sociaux renforce cette dimension, transformant ces objets en vecteurs de reconnaissance sociale et de narration personnelle. On ne cache plus ses figurines, on les met en scène. En parallèle, le design s’affine, les matériaux gagnent en qualité, et la dimension artistique s’intensifie. Les vitrines domestiques côtoient les plateformes de revente, créant un écosystème.

Quels relais de croissance pour les années à venir ?

Les collaborations croisées constituent un levier central. Les associations Bearbricks x Nike, Labubu x Coca-Cola ou Funko Pop! x Harry Potter prouvent que la figurine dépasse les frontières du jouet pour devenir un support de culture globale. Le marché se féminise également : les gammes comme Sonny Angel ou Labubu séduisent un public plus large, moins segmenté par genre. Cette diversification élargit la base de consommateurs et favorise une croissance durable.