• La TV de demain doit captiver son utilisateur

     

    Après avoir contribuer activement à la forte croissance d’une première marque de la TV sur le marché français, Virginie Guimaraes, Directrice Marketing de TP Vision France, nous livre sa vision du futur de la TV. 

     

    Quel est votre regard sur l’évolution du marché de la TV ? 

    Le marché de la TV connaît une transformation profonde. La télévision linéaire recule depuis plusieurs années au profit du streaming, devenu central dans les usages de consommation de contenus, et cette dynamique continue de s’accélérer. Nous assistons à une véritable guerre des contenus entre les grandes plateformes comme Netflix, Amazon et Disney, qui misent sur les exclusivités pour attirer et fidéliser des audiences de plus en plus segmentées. Parallèlement, les contenus sont désormais consommés sur une multiplicité d’écrans : tablettes, smartphones, ordinateurs… ce qui réduit progressivement la part du temps de visionnage consacrée au téléviseur.

    Dans ce contexte, l’enjeu n’est plus seulement de vendre un téléviseur, mais de repositionner la TV comme le hub central de l’écosystème connecté du foyer : écran premium, expérience immersive, simplicité d’accès aux plateformes et usages partagés. Les marques doivent donc faire évoluer leur approche, en passant d’une logique produit à une logique d’expérience.

     

    Comment la télévision peut-elle redevenir pertinente face aux jeunes générations ?

    Il faut enrichir l’interactivité et l’immersion de la TV pour attirer la « jeune génération ». Pour cela, la télévision doit offrir une expérience supérieure aux autres écrans en proposant des éléments différenciants significatifs comme une meilleure qualité d’image et de son, et également une meilleure immersion. Certes, la télévision sera moins regardée, en durée, mais elle offrira une expérience de qualité supérieure qui en fera un objet toujours incontournable au sein de nos foyers, tout en étant proposée à des prix particulièrement compétitifs. Les téléviseurs de demain doivent aussi devenir des objets « premium » et design totalement intégrés à la décoration intérieure. Chez Philips, l’Ambilight jouera un rôle clé dans cette transformation notamment avec le mode Lounge, créant une ambiance lumineuse ou sonore faisant oublier l’écran noir pour s’intégrer harmonieusement au salon.

     

    Quelle sont selon vous les autres évolutions majeures qui vont remodeler le paysage de la TV ? 

    L’intelligence artificielle jouera un rôle crucial en fournissant des contenus toujours plus personnalisés, permettant d’obtenir des informations en temps réels sur le contenu regardé. Le téléviseur doit redevenir cet objet du quotidien capable de rendre les mêmes services qu’un smartphone. Pour Philips, l’IA renforcera encore l’immersion, en rendant la technologie Ambilight plus réactive et intelligente avec pour objectif de captiver l’utilisateur d’une façon unique. Nous répondons également aux usages complémentaires comme le gaming en offrant un « setup tout-en-un » Ambilight au sein de nos téléviseurs, un argument auprès des 40 millions de joueurs occasionnels en France. Ce sont tous ces avantages concrets que le téléviseur de demain devra apporter pour conserver une place centrale dans les foyers.

     

    Que vous apporte notre publication  ?

    MultiMédia à la Une est le seul support lu par toute la distribution : du siège aux équipes terrain. C’est un levier très efficace pour partager nos stratégies et nouveautés. Comme lecteur, votre magazine offre une très grande richesse du contenu autour des nouvelles tendances du marché tout en étant un support de communication unique sur la marché. 


  • Marché de la TV : « repenser l’objet »

     

    Alexis Rolin a connu les grandes marques de TV du marché en tant que Directeur Marketing TV et audio de Samsung et les marques émergentes comme Thomson dont il est aujourd’hui le directeur marketing Europe et commercial France. Ce dernier nous partage sa vision des évolutions en cours du futur du marché de la TV.

     

    Quelle est votre analyse sur l’état actuel du marché de la TV ? 

    Le marché de la TV est depuis longtemps un marché ultra mature avec un taux d’équipement maximum (plus de 90%). Mais maintenant ce parc installé a intégré des modèles de dernière génération avec des produits qui durent globalement plus longtemps. Par conséquent le taux de renouvellement ralentit structurellement :  on vendra moins de téléviseurs à l’avenir, c’est une certitude. Et au-delà du marché, il y a surtout une nécessité à repenser l’objet en lui-même. Les habitudes des utilisateurs évoluent, mais l’objet TV reste lui statique depuis de nombreuses années. À mon sens, les industriels de la TV ont tardé à entrer dans cette réflexion et à intégrer les nouveaux usages de la société, et notamment des plus jeunes. 

     

    Comment s’adresse-t-on à cette nouvelle génération ?

    La jeune génération consomme toujours plus d’écrans au quotidien sur smartphones, tablette, PC. Les réseaux sociaux sont devenus leur divertissement. Et ils ne se retrouvent plus avec l’objet téléviseur. Comment s’adresse-t-on à cette cible ? C’est tout l’enjeu des prochaines années. Pour cela, il faut transformer le téléviseur et proposer des solutions alternatives, qui transforment la notion même d’écran en proposant par exemple des solutions de TV tactiles et/ou nomades au sein la maison. Le vidéoprojecteur est également un segment qui apporte de la nouveauté au marché de l’image et du son, avec des produits nomades au sein de la maison et en extérieur. De la même manière que l’enceinte Bluetooth a remplacé la chaîne Hi-fi traditionnelle, le vidéoprojecteur peut bousculer la « bonne vieille TV » grâce à une image plus grande et dans le cadre d’un usage plus flexible. Pour que cette évolution se fasse, il faudra néanmoins que les constructeurs éduquent le consommateur sur ce nouvel usage, au travers d’investissements marketing importants. C’est indispensable pour lever le frein de l’expérience magasin toujours plus compliquée à présenter qu’une TV. Plus généralement, les évolutions technologiques nous permettent d’imaginer de nouveaux écrans TV : transparents, intégrés dans des miroirs ou des rideaux, ou encore directement dans un mur avec les technologies Print-Oled et Micro-Led de demain. La distribution devra s’adapter pour offrir des solutions sur mesure au consommateur. Enfin, je crois beaucoup à l’IA pour la création de contenu à la demande qui va rendre l’usage encore plus interactif et personnalisé. Dans ce domaine, les possibilités sont infinies et ouvrent de nouvelles perspectives à de nouveaux usages qui restent pour beaucoup à inventer. Et le téléviseur de demain doit absolument se positionner comme un élément central de ces nouveaux usages.

     

    Que vous apporte Multimédia à la Une ?

    Tel un phare sur son rocher, MultiMédia à la Une apporte sans discontinuité depuis 30 ans une vision globale de notre industrie. Chaque mois, c’est avec impatience que je découvre les actualités des différents acteurs du marché. Ce qui me permet au passage de conserver le contact avec de nombreuses personnes que j’ai côtoyé dans le milieu.


  • Le PC du futur s’appuiera sur l’IA

     

    Fort d’une décennie passé chez Acer, Nicolas Saint Aubin, Directeur de la division Produits Grand Public, qui a évolué au sein de groupes comme Sony et Sharp, nous livre sa vision sur le marché du PC. 

     

    Comment voyez-vous le futur du PC ?

    Le PC va rester un incontournable pour travailler, étudier et profiter d’un confort bien plus important qu’un smartphone pour de nombreuses tâches. Côté OS et logiciel, l’intelligence artificielle va prendre une place de plus en plus importante afin de simplifier de nombreuses tâches, d’automatiser certains processus et d’assister les utilisateurs dans leurs activités quotidiennes, qu’il s’agisse de travail, d’apprentissage ou de création.

    Du côté matériel, les futurs PC vont continuer à s’améliorer sur les processeurs, pas uniquement sur la puissance pure, mais surtout pour supporter l’IA afin de jouer ou créer sans limite, dans des châssis toujours plus fins. L’expérience sera toujours plus agréable avec des dalles OLED de meilleures définitions, une qualité de son améliorée et des autonomies dépassant 2 jours d’utilisation.

     

    Quelle est la place actuelle de l’IA chez Acer  ?

    L’IA est déjà devenue incontournable dans l’univers du PC. Acer, en pointe dans ce domaine, ne cesse d’étoffer son offre. Le nombre de références intégrant l’IA a doublé en 2026 avec 27 modèles. La gamme s’enrichit à travers nos différents ordinateurs portables (Swift AI, Swift Edge AI, Swift GO AI et Aspire AI), nos mini PC Veriton et All-in-one et nos gammes gaming Predator et Nitro. Pour cela, nous mobilisons toutes les solutions de nos partenaires (AMD, Intel, Qualcomm) afin de construire une montée en gamme riche et cohérente autour de l’IA pour apporter de très nombreux bénéfices à l’expérience utilisateur d’aujourd’hui et de demain.

     

    Comment Acer adaptetil sa stratégie face à la pénurie de composants ?

    La forte demande mondiale sur l’IA a de fortes conséquences sur les approvisionnements, les incertitudes sont nombreuses. Les tensions sur les composants entrainent une forte augmentation sur les prix. En 50 ans du groupe Acer, c’est du jamais vu sur le marché de l’informatique. Face à cette situation inédite, le groupe a su adapter en amont sa stratégie de production. À Taiwan, nos équipes s’appuient sur des relations anciennes et solides avec de nombreux fournisseurs en Asie afin de trouver différentes sources d’approvisionnement. C’est le fruit d’années de travail en commun avec les industriels du secteur qui s’avèrent un véritable gage de fiabilité pour tous nos partenaires.

     

    Dans ce contexte, comment faites-vous structurer votre offre ?

    Nous devons revenir à un discours cohérent autour de l’expérience client, en mettant l’accent sur les éléments techniques essentiels : qualité d’écran, finition, poids, autonomie, accessoires inclus, et plus seulement sur les composants comme la mémoire, le stockage et les processeurs. Le groupe a un savoir-faire reconnu et de forts arguments à faire valoir pour répondre au mieux aux attentes du marché du PC en 2026, et dans les prochaines années.

     

    Que vous apporte Multimédia à la Une ?

    Multimédia à la Une est un partenaire unique pour adresser les décideurs de la distribution. Ce média publie des articles sur notre marché, nos actualités ou nos dernières innovations produits et sont un relai pour informer nos partenaires de la distribution sur les tendances à venir.

     


  • La vidéo : un marché de désir et d’éditorialisation

     

    Forte de plus de 30 d’expérience dans l’industrie, Véronique Borgé-Poirier, directrice commerciale de Seven Sept, décrypte les nouveaux équilibres du marché de la vidéo et partage son analyse des défis des éditeurs indépendants dans un marché saturé d’offres. 

     

    Quels tournants majeurs ont, selon vous, transformé le marché de la vidéo en 30 ans ?

    Si je devais résumer ces trente dernières années, je dirais qu’il y a eu trois grands basculements. Le premier, c’est évidemment l’âge d’or du DVD à partir de la fin des années 1990. Le DVD a profondément structuré le marché : il a industrialisé l’édition, élargi l’offre et créé de la valeur par le catalogue, les bonus, l’objet et la collection. C’est une période où la vidéo n’était pas seulement un prolongement du cinéma, mais un marché éditorial à part entière. Le CNC montre qu’en 2010 les ménages français consacraient en moyenne plus de 50 euros par an en achats et locations de vidéogrammes préenregistrés, contre seulement 5 euros à la VàD. Ce qui dit bien le poids qu’avait encore le support physique à ce moment-là.

    Le deuxième tournant tient à la dématérialisation des usages. Avec le haut débit, puis les téléviseurs connectés et les usages mobiles, la logique de possession a commencé à céder la place à la logique d’accès. La vidéo à la demande a d’abord émergé comme complément, puis elle s’est installée durablement dans les habitudes des consommateurs pour remplacer et enterrer définitivement les vidéo clubs. Enfin, le troisième correspond à l’ère des plateformes globales, qui a changé non seulement la consommation, mais aussi l’économie et les rapports de force de la filière. L’arrivée des grandes plateformes américaines de SVoD a fortement affecté le modèle français de régulation de la Chronologie des médias. Raison pour laquelle, il est impératif de préserver la fenêtre d’exploitation exclusive de la vidéo entre la salle et la Pay TV. 

     

    Comment le métier d’éditeur / distributeur a-t-il évolué ? 

    Le métier a énormément évolué. Pendant longtemps, l’éditeur vidéo travaillait d’abord un line-up, un calendrier de sorties, un positionnement prix, un réseau de distribution physique, avec une forte dimension industrielle et commerciale. Aujourd’hui, il faut être à la fois éditeur, marketeur, data analyst, curateur et gestionnaire de droits multifenêtres. Le cœur du métier, à mon sens, n’a pas disparu. Il s’agit toujours de sélectionner, fabriquer, raconter et valoriser des œuvres. Mais ce métier s’exerce désormais dans un univers beaucoup plus fragmenté. La stratégie doit être pensée de façon plus globale, en combinant physique, transactionnel digital, exposition sur les plateformes, animation communautaire, e-commerce, réseaux sociaux, valeur du catalogue, patrimonialisation… On ne vend plus seulement un support, on construit une expérience éditoriale et une désirabilité. En 2025, le segment cinéma est demeuré stable et le genre dominant en vidéo physique, avec 73,1% de part de marché versus 73% en 2024. Cela signifie que, pour les éditeurs indépendants, il reste un espace clair : celui de la prescription, du cinéma, du catalogue, du patrimoine et de la qualité éditoriale.

     

    De quel projet éditorial êtes-vous la plus fière ?

    Difficile de choisir, mais si je devais n’en retenir que deux en plus de 32 ans de carrière, je citerais : Les Bleus Champions du Monde en VHS en 1998, un projet pour lequel nous avions dépassé le million d’unités mises en place avec notre distributeur TF1 Vidéo, et la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, une franchise qui a marqué l’édition vidéo avec une profondeur éditoriale exceptionnelle. 

     

    Dans un monde dominé les plateformes SVoD, peut-on encore être indépendant ?

    Oui, mais à condition de ne pas jouer le jeu des plateformes sur leur terrain. Un indépendant ne gagnera jamais par la puissance de feu, la profondeur de catalogue mondiale ou par la dépense marketing brute. En revanche, il peut faire la différence par la ligne éditoriale, la proximité avec les œuvres, la connaissance fine des publics et la capacité à créer de la valeur sur des segments que les grands acteurs couvrent moins bien. Plus l’offre est abondante, plus la prescription devient importante. Plus les catalogues sont massifs, plus notre travail de sélection, de contextualisation et d’éditorialisation devient stratégique. Et il ne faut pas oublier un autre point : le cadre français a aussi évolué pour rééquilibrer partiellement le jeu avec le décret SMAD de 2021. Cela ne règle pas tout, mais cela réintroduit de la régulation dans un univers dominé par ces acteurs globaux.

     

    Quels sont aujourd’hui les enjeux pour les éditeurs et distributeurs indépendants ?

    Tout d’abord, c’est la visibilité. Nous vivons dans une économie d’abondance où le problème n’est plus l’accès aux œuvres, mais leur repérage. Pour un indépendant, émerger dans le bruit général reste de fait l’enjeu le plus important. Le deuxième enjeu, c’est la valeur. Le marché a été tiré vers des logiques d’abonnement qui ont banalisé l’accès et parfois dévalorisé la perception unitaire des œuvres. Pour les indépendants, il est donc important de recréer de la valeur en misant sur l’éditorialisation, l’objet, la rareté, l’événementialisation, l’animation communautaire et une gestion fine du catalogue. Il faut être beaucoup plus chirurgical dans les choix éditoriaux et dans la stratégie commerciale.

     

    Quelle est la recette pour que la vidéo physique se maintienne sur la durée ?

    La vidéo physique se maintiendra, si elle assume pleinement qu’elle n’est plus un marché de masse, mais un marché de désir, de collection et d’éditorialisation. La priorité reste bien sûr la qualité du line-up, tant sur la nouveauté que sur les films de patrimoine. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le patrimoine a représenté un tiers des ventes en 2024 (source : CNC), signe qu’il existe encore une place pour des acteurs capables de valoriser la mémoire cinématographique et la cinéphilie. Vient ensuite l’objet. Aujourd’hui, l’achat d’un support physique ne se limite plus au film : on achète une édition, une restauration, un livret, des bonus et plus largement une promesse de qualité. Le physique doit être plus qu’un simple contenant. Il ne s’agit plus d’inonder le marché, mais de sortir moins et mieux, avec des titres identifiés, des lignes éditoriales cohérentes, des éditions incarnées, un travail de ciblage très fin… Le physique a de l’avenir s’il reste un territoire de qualité et de singularité, pas s’il essaie de singer la consommation de flux.

     

    S’il ne fallait retenir qu’un message à adresser pour ces 30 ans, quel serait-il ?

    La vidéo est loin d’avoir disparu, elle a changé de forme, et plus que jamais, elle a besoin des éditeurs. En 30 ans, les supports, les usages et les modèles économiques ont été bouleversés, mais une chose n’a pas changé : les œuvres ont toujours besoin d’être choisies, défendues, accompagnées, éditorialisées et transmises. Dans un univers saturé par l’offre, le rôle de l’éditeur reste essentiel pour donner du sens, de la visibilité et de la durée aux œuvres… Merci à la vidéo, vive la vidéo !

     

    Qu’est-ce que vous a apporté MultiMédia à la Une au cours des 30 dernières années ?

    Un partenaire toujours présent et dynamique pour nous accompagner sans relâche dans nos temps forts de l’année. Merci à Multimédia à la Une de soutenir la vidéo depuis 30 ans et pendant toutes les années qui suivront ! 


  • La vidéo physique, garante de la préservation et de la valorisation des œuvres

     

    Face à l’évolution des usages, le marché de la vidéo se redessine. Maxime Gruman, Directeur Vidéo & VOD de Gaumont, nous livre sa lecture des mutations en cours.

     

    « Le marché de la vidéo connaît aujourd’hui une transformation profonde, davantage qu’un déclin. On assiste à une recomposition des usages selon les typologies d’œuvres.

     

    Sur les nouveautés salles, la consommation a clairement basculé. En dehors des blockbusters américains, des films d’animation ou de quelques très grands succès, la vidéo physique n’enregistre plus les mêmes niveaux de performance qu’auparavant, y compris pour des comédies françaises pourtant très bien exposées en salles. Dans ce contexte, c’est la TVOD qui s’est imposée comme le mode d’accès privilégié : même temporalité dans la Chronologie des médias, prix attractif, immédiateté d’usage. Pour une grande partie du public, ces œuvres relèvent désormais d’une logique de consommation plutôt que de possession.

     

    Pour autant, la vidéo physique conserve un rôle structurant. D’une part, les nouveautés restent essentielles pour faire vivre les linéaires en magasin : elles génèrent du trafic, entretiennent la visibilité du rayon et permettent, par effet d’entraînement, d’exposer le catalogue. D’autre part, et c’est sans doute là que se joue son avenir, la vidéo physique s’impose comme un outil de valorisation et de préservation des œuvres. À l’heure où les plateformes tendent à se concentrer, de nombreux films deviennent indisponibles en version dématérialisée.
    Le support physique garantit justement une continuité d’accès. Chez Gaumont, cela se traduit par un travail constant de maintien en disponibilité du catalogue, notamment à travers la collection Gaumont Découverte DVD, la plus grande collection vidéo en France avec plus de 600 titres. Une partie importante de ces films n’existe pas sur les plateformes, faute de masters HD. Ce travail s’inscrit dans une politique éditoriale plus large, avec également les collections Gaumont Découverte Blu-ray et Gaumont Classiques, qui comptent chacune plus de 300 références. Si ces œuvres restaurées sont, pour beaucoup, disponibles en VOD, leur présence en vidéo physique permet d’en proposer une mise en valeur plus durable, éditorialisée et qualitative, dans une logique de transmission du patrimoine.

     

    Parallèlement, on observe une montée en puissance des éditions patrimoniales en Blu-ray 4K. Ce segment répond à une attente forte d’un public de passionnés, prêt à investir dans des éditions dites  » définitives « , tant sur le plan technique qu’éditorial. La qualité des restaurations, le soin apporté à l’authoring, la richesse des suppléments et le travail sur le packaging deviennent ici des éléments déterminants de la valeur.

     

    Ainsi, le marché de la vidéo physique se recentre progressivement sur un modèle plus ciblé, fondé sur la valeur plutôt que sur le volume. Il repose sur un équilibre entre nouveautés qui structurent la présence en magasin, et catalogue qui constitue le cœur de sa proposition.

     

    Pour accompagner cette évolution, plusieurs leviers apparaissent essentiels : le maintien de la visibilité en point de vente, la préservation d’une fenêtre dédiée dans la Chronologie des médias et un niveau d’exigence éditoriale élevé, capable de différencier clairement l’offre physique de l’offre dématérialisée.

     

    Dans ce cadre, la vidéo physique conserve un avenir réel, à condition d’assumer pleinement sa spécificité : celle d’un média de référence pour la conservation, la transmission et la valorisation des œuvres. »


  • « Le marché de la vidéo physique n’a pas dit son dernier mot »

     

    Vétéran du marché de la vidéo, Eric Saquet, président fondateur d’ESC Films, passé notamment par Warner Home Vidéo et Bac Films, revient sur 30 ans de mutations profondes et défend un marché physique désormais tiré par les éditions premium. 

     

    Quels ont été les grands tournants du marché de la vidéo au cours des 30 dernières années ?

    D’abord exclusivement locatif, le marché de la vidéo a connu une première bascule dans les années 90 en s’ouvrant à la vente. L’arrivée du DVD en 1997 marque un second tournant décisif, propulsant le secteur dans une autre dimension avec une croissance exponentielle jusqu’en 2004, et ouvrant au passage la voie à la haute définition avec le Blu-ray, puis le Blu-ray 4K. S’en est suivi un déclin presque inexorable, sous l’effet de la piraterie et de la dématérialisation des usages, qui s’est accompagné de la quasi-disparition des vidéoclubs dans les années 2010, au profit de la TVoD. Et malheureusement, la crise du Covid est venue encore accentuer cette chute, participant à l’explosion des plateformes SVoD au détriment du marché physique. En 5 ans, la taille du marché a ainsi été divisée par 2, passant de 300 millions d’euros fin 2019 à 150 millions en 2025. Pour autant, je reste résolument optimiste, convaincu que le marché va se stabiliser, comme d’autres avant lui, porté par un public de passionnés et de cinéphiles collectionneurs fermement attachés aux supports physiques.   

     

    Comment le modèle économique des éditeurs indépendants a-t-il évolué ? 

    En 30 ans, le modèle a radicalement changé. Là où, à l’âge d’or de la vidéo, le marché reposait sur des logiques de volume avec des mises en place massives et une capacité à absorber des retours importants, on est passé aujourd’hui à une gestion beaucoup plus mesurée et calibrée. Chaque sortie fait désormais l’objet d’un ajustement quasi chirurgical. Dans le même temps, les coûts de transport, de logistique et de fabrication – accentué par l’essor de la 4K – ont littéralement explosé, rendant leur maîtrise absolument vitale. L’accès au contenu s’est également complexifié. Nous atteignons en effet un stade où les films de patrimoine encore inédits en Blu-ray ou Blu-ray 4K se raréfient. Ce qui alimente une inflation des prix d’acquisition, avec des minimums garantis parfois déconnecté de la réalité du marché. Le modèle repose ainsi désormais sur une exécution extrêmement fine et des équipes expertes capables de piloter chaque projet avec précision. 

     

    Quels sont aujourd’hui les enjeux pour les éditeurs indépendants ?

    La visibilité en magasin reste un enjeu clé, conditionné par l’engagement des enseignes. D’où l’importance de continuer à communiquer, notamment via un magazine comme MultiMédia à la Une, partenaire de référence du marché depuis 30 ans. Côté éditeurs, l’enjeu est de recréer de la valeur, en se recentrant sur des éditions premium, enrichies de contenus éditoriaux à forte valeur ajoutée (nouveaux masters 4K, bonus inédits, livrets…) et disponibles en quantité limitée. Une stratégie amorcée chez ESC Films en 2022 et que nous allons poursuivre de manière appuyée, en resserrant notre line-up autour de films porteurs et attendus. Nous prévoyons ainsi de sortir à partir de cette année 2 titres par mois, dont 80% en hyper collector et le reste en collector, en privilégiant la 4K. On le voit, quand la qualité est au rendez-vous, les consommateurs répondent présent et sont prêt à payer un prix élevé, comme en témoigne le récent succès des éditions ultra collector du Silence des Agneaux, avec environs 6 000 exemplaires vendus en précommande (2 219 collector + 3 764 Steelbook – source : GFK).  


  • La vidéo physique, plus résiliente que jamais

     

    Dominique Masseran, Président d’ESCD, retrace trois décennies de mutations du marché de la vidéo et défend une vision engagée et optimiste du secteur. 

     

    Quel regard portez-vous sur l’évolution du marché de la vidéo au cours des 30 dernières années ?

    Il y a 30 ans, les choses étaient relativement simples. Pour regarder un film, il fallait soit aller en salles, soit le louer ou l’acheter en VHS, ou attendre qu’il soit diffusé à la télévision sur une des 6 chaînes hertziennes disponibles. Le support physique, avec la VHS puis le DVD, était roi. Le marché progressait d’année en année jusqu’à atteindre un pic en 2004 à plus de 2,5 milliards d’euros. Une série de bouleversements est ensuite venue mettre à mal sa suprématie, en introduisant de nouveaux usages. A commencer malheureusement par la piraterie qui a fragilisé le secteur, rapidement amplifié par la prolifération des chaînes câblées, puis par l’essor de la VOD et du téléchargement définitif et enfin de la SVOD. Autant d’alternatives qui ont progressivement érodé le marché. Pour autant, le marché de la vidéo physique reste aujourd’hui un marché conséquent qui pèse encore près de 150 millions d’euros. Il se montre beaucoup plus solide et résilient qu’anticipé à la fin des années 2000 où beaucoup ne lui donnait que quelques années à vivre. Nous sommes en 2026 et le marché est toujours là. Et il a encore de beaux jours devant lui en particulier avec la 4K qui continue à recruter et à progresser.

     

    En 30 ans, comment la distribution et les relations avec les enseignes ont-elles évolué ?

    L’évolution du marché a redessiné le paysage de la distribution, sans altérer la qualité des relations avec les enseignes, toujours constructives et apaisées. Avec le recul du marché du marché, le poids de la GSA a largement diminué au profit de la GSS qui joue aujourd’hui un rôle clé dans la défense de la catégorie au quotidien. Dans ce contexte, nous avons su dès le départ chez ESCD instaurer une relation de confiance et de transparence avec la distribution, en mettant en place avec chacun de nos clients un partenariat dynamique au service de la vidéo physique. Tout est mis en œuvre pour simplifier et fluidifier au maximum leur quotidien.

     

    Quel est aujourd’hui l’enjeu pour le marché de la vidéo physique ?

    Aujourd’hui, l’enjeu est d’accompagner la montée en puissance de l’UHD 4K, véritable moteur du marché, tout en continuant à faire vivre le catalogue qui représente près des trois quarts de la valeur du marché et suit une belle dynamique avec de nombreuses rééditions de grands classiques en Blu-ray 4K et Blu-ray. Il n’y a aucune fatalité ! Le support physique et la HD en particulier conserve un réel attrait, notamment auprès d’un public de passionnés et de cinéphiles fidèles, autour desquels le marché est en train de se consolider. Dans ce cadre, l’engagement des studios français et américains, des éditeurs indépendants et de nos partenaires retailers est déterminant. Les efforts de chacun pour valoriser la diversité de l’offre en magasins, à travers des éditions ambitieuses, sont en effet essentiels. Une diversité que seule l’édition vidéo physique est capable de proposer, affirmant son primordial dans la conservation du patrimoine cinématographique et audiovisuel.

     

    Un petit mot pour les 30 ans de Multimédia à la Une…

    Je me souviens encore des 20 ans de Multimédia à la Une et force est de constater que 10 ans après vous n’avez pas pris une ride ! Vous restez un partenaire essentiel pour nous, éditeurs distributeurs, comme pour nos enseignes partenaires de la distribution. Merci et bravo à toute l’équipe. En route vers les 40 ans…


  • Le catalogue et la 4K au cœur de la dynamique du marché

     

    Entretien avec Alexandra Bougartchev, Vice-Présidente Sales France, Benelux & Afrique de Warner Bros. Discovery, qui nous partage sa vision des leviers clés pour soutenir la vidéo physique et accélérer le développement du digital transactionnel. 

     

    Quelles actions les éditeurs doivent-ils renforcer pour soutenir la vidéo physique ?

    La vidéo physique se positionne aujourd’hui comme un produit de collection pour les passionnés de cinéma et de séries TV, désireux de voir et revoir leurs contenus favoris dans les meilleurs conditions (image, son, bonus…). Chez Warner Bros. Discovery, nous nous attelons ainsi à proposer le meilleur de notre catalogue dans les formats les plus qualitatifs (remasterisations en 4K, coffrets, Steelbooks…) afin de soutenir la catégorie. Nous travaillons au quotidien avec notre maison mère aux Etats-Unis pour offrir des éditions prestigieuses. En parallèle, nous continuons à pousser l’éditorialisation de nos contenus via des campagnes marketing puissantes et ciblées. Cela nous permet de pérenniser nos ventes sur nos nouveautés comme très récemment pour la sortie du film oscarisé Une Bataille Après l’Autre de Paul Thomas Anderson. 

     

    Qu’est-ce qui, selon vous, va porter le marché dans les années à venir ?

    Le marché de la vidéo physique est largement porté par le fond de catalogue qui génère chaque année près des deux tiers des ventes. Le dynamiser reste donc essentiel pour soutenir la vidéo physique sur le long terme. Cela passe chez nous par deux grands axes :  maintenir et renouveler une offre forte de coffrets à forte valeur ajoutée autour de nos grandes licences, réalisateurs et acteurs, et assurer la disponibilité continue de nos titres sur tous les formats, notamment en 4K Ultra HD, aujourd’hui stratégique. Son poids dépasse 20% du marché physique en valeur en 2025 (+3 points vs 2024).    

    Evidemment, la nouveauté reste également un pilier central, puisqu’elle représente la fraicheur, la fenêtre vidéo étant la première après le cinéma. Les sorties de blockbusters revêtent ainsi un rôle stratégique. Il est important de maximiser le potentiel vidéo de chaque sortie en fonction de sa cible et de son genre. 

     

    Comment anticipez-vous l’évolution du marché de la VOD et de l’EST, et quels sont, selon vous, les principaux défis à relever ?

    Le marché digital transactionnel (EST & VOD) vient en complémentarité du marché physique qu’il dépasse aujourd’hui de près de 40%. La priorité est d’accélérer son développement, en renforçant l’éducation des consommateurs, aujourd’hui ultra-sollicités par la profusion d’offres digitales (SVOD, TVOD, AVOD…). Il est essentiel de continuer à mettre en avant les atouts de l’EST et de la VOD qui constituent la première fenêtre digitale après la salle, sans abonnement ni publicité. Dans cette dynamique, les nouveautés cinéma et les principales franchises de notre studio (Harry Potter, Dune, Game of Thrones, DC Comics…) jouent un rôle majeur. Nous veillons à proposer les bons contenus au bon moment à nos plateformes partenaires, en fonction des actualités (salle, diffusion TV…), avec une dynamique éditoriale forte (animation commerciale, plans marketing dédiés et visibilité maximale chez nos partenaires).  

    Je profite de cet interview pour souhaiter un très bon anniversaire à Multimédia à la Une pour ses 30 ans ! Durant toutes ces années, vous avez accompagné et mis en lumière les sorties vidéo et jeux vidéo avec un grand professionnalisme et j’espère que cela durera encore longtemps.


  • WE Connect, ambitieux et pragmatique

     

    En forte progression et désormais renforcé par l’acquisition d’Exertis France et Iberia à l’été 2025, le groupe WE Connect aborde une nouvelle phase de son développement. Son PDG, Moshey Gorsd, nous détaille les ressorts de sa stratégie.

     

    Comment se porte le groupe WE Connect ?

    L’exercice 2025 se solde par un chiffre d’affaires consolidé de 451,2 millions d’euros, en progression de 50,3% par rapport aux 300,2 millions enregistrés en 2024. Cette performance intègre l’acquisition d’Exertis France et d’Exertis Iberia en août 2025, ainsi que la contribution de MCA Technology, reprise fin premier semestre 2024. Ces opérations représentent 176,1 millions d’euros de revenus en 2025, tandis que les activités historiques du groupe progressent de 10,1%, pour atteindre 275,1 millions d’euros. Le modèle repose sur un équilibre structurant : 60% de l’activité en B2B, 40% en B2C.

     

    Comment s’est construite votre trajectoire ?

    L’ADN du groupe conjugue distribution de marques tierces et développement de produits propriétaires. L’aventure débute en 2003 avec MGF, avant la signature de partenariats structurants avec Samsung dès 2007, puis Acer en 2008. Parallèlement, la marque interne WE s’impose progressivement sur le segment des accessoires et périphériques high-tech. La croissance externe accompagne cette montée en puissance : Agorus (2009), D2 Diffusion (2012), PCA France (2017), Octant (2022), MCA Technology (2024) puis Exertis France et Iberia, rebaptisé Ezratis, en 2025. Cette succession d’intégrations positionne aujourd’hui WE Connect comme acteur de référence sur des secteurs comme le PC, l’impression, les consommables ou le gaming.

     

    Comment s’organise votre activité de distribution de marques tierces ?

    Le groupe déploie une offre large de grossiste en produits informatiques, péri-informatiques et bureautiques via ses filiales MGF, PCA France, MCA Technology, Octant et Ezratis. Les partenariats noués de longue date structurent ce dispositif. Avec Samsung, la collaboration initiée en 2007 s’est progressivement étendue aux PC portables, tablettes ou smartphones. Une dynamique comparable s’observe avec Acer et d’autres constructeurs majeurs. Chaque marque évolue dans son «  couloir de nage », dans un périmètre clairement défini, sans concurrence avec les références propriétaires ou de confrères. Une force commerciale terrain d’une quinzaine de collaborateurs soutient ce maillage, garantissant proximité et expertise.

     

    Que change l’intégration d’Exertis France et Iberia, devenu Ezratis ?

    Cette opération ouvre un cycle de développement inédit. Au-delà de l’effet immédiat sur le chiffre d’affaires, les synergies commerciales constituent le principal levier : enrichissement du portefeuille de marques premium, déploiement accéléré des marques propres sur un réseau élargi, mutualisation des achats, renforcement du pouvoir de négociation auprès des fournisseurs internationaux… Ezratis apporte également des relations consolidées avec de nombreux acteurs tels que D-Link, TP-Link ou Turtle Beach, notamment sur le gaming, segment désormais doté d’une offre large et cohérente. Ce sont des experts reconnus dans leurs domaines et nous savons que la qualité principale d’une entreprise ce sont les humains qui la composent. Une phase de restructuration et de recherche de synergie accompagne l’intégration, avec un objectif clair de retour à la profitabilité à l’horizon 2027. L’apport des équipes ibériques marque par ailleurs une première étape décisive dans l’internationalisation du groupe.

     

    Quelle place occupent les marques internes ?

    Le développement de produits propriétaires constitue un pilier stratégique. Lancée en 2007, la marque WE couvre un spectre étendu – périphériques de saisie, accessoires, protections pour terminaux mobiles… – que complètent les marques D2 (connectique), Halterrego (audio), Heden (équipements informatiques) et ONLAN (gaming),

    Cette approche renforce la marge dans un métier traditionnellement contraint par de faibles rentabilités. L’équilibre entre distribution tierce et marques internes fonde ainsi la robustesse du modèle. « Marcher sur 2 jambes » avec des produits en distribution et internes constitue un enjeu important de notre succès.

     

    Quels outils soutiennent cette montée en puissance ?

    Le printemps 2025 a vu l’inauguration d’un nouveau centre logistique à Serris, qui accueille également le siège du groupe. Cette implantation de plus de 14 000 m² rationalise les flux, facilite l’intégration des stocks — notamment ceux de MCA Technology — et génère des économies d’échelle significatives. Le transfert sans heurts de plus de 10 000 palettes depuis Collégien illustre la capacité opérationnelle, les connaissances, et l’implication de nos équipes et notre volonté systématique d’anticiper efficacement. Parallèlement, les plateformes e-commerce ont fait l’objet d’une refonte et l’ERP d’Ezratis a migré (cet hiver) vers une solution mutualisée. Dans un marché exigeant en matière de délais, la performance logistique conditionne la compétitivité.

     

    Quelles perspectives pour 2026 et au-delà ?

    Pour le futur, il faut penser commerce, commerce, et encore commerce, en ayant une démarche pragmatique et centrée sur les besoins de nos partenaires tant fournisseurs que distributeurs. La taille critique désormais atteinte, la solidité des partenariats fournisseurs et la capacité d’anticipation des cycles d’achat confèrent au 

    groupe un avantage structurant. WE Connect revendique un rôle d’intermédiaire stratégique, « d’amortisseurs », entre fabricants et distributeurs, facilitant l’accès au marché dans des conditions optimisées. 

    L’essor de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives considérables sur l’ensemble des segments high-tech. Les investissements massifs engagés par l’industrie devraient stimuler l’innovation et générer de nouveaux relais de croissance. Par ailleurs, l’arrivée croissante de nouvelles marques sur le marché français crée des opportunités substantielles. Ces acteurs recherchent des partenaires capables d’orchestrer un accès efficace à la distribution ; les enseignes, de leur côté, attendent des nouveautés porteuses de rotation et de différenciation.

    L’exercice 2026 traduira pleinement le changement d’échelle opéré en 2025. Après une année d’intégration, le groupe entre dans une phase d’optimisation et d’accélération, guidée par une priorité claire : intensifier la dynamique commerciale avec pragmatisme, au service conjoint des fournisseurs et des distributeurs.


  • Trade Invaders, un acteur de plus en plus majeur

     

    À l’aube de ses dix-huit ans, Trade Invaders engage une transformation stratégique d’envergure. Julien Teilhet, président-directeur général, détaille les ressorts d’un développement fondé sur l’intégration, la diversification et de nouveaux outils.

     

    Comment se porte Trade Invaders ?

    Le groupe aborde ses 18 ans avec une image solidement établie d’acteur fiable et reconnu. L’exercice 2024/2025, clos au 30 juin 2025, s’est soldé par un chiffre d’affaires de 8,2 millions d’euros, assorti d’un léger déficit. La dynamique observée au second semestre calendaire 2025 a toutefois inversé la tendance. Au 31 décembre, le premier semestre fiscal affiche près de 5 millions d’euros de revenus, contre 4,5 millions un an plus tôt. Cette progression autorise une projection autour de 9 millions d’euros sur l’exercice en cours. Dans un environnement exigeant, l’évolution de l’offre et l’identification de relais porteurs — notamment les accessoires de padel et le jeu de société — soutiennent la trajectoire.

     

    Quels leviers de croissance privilégiez-vous ?

    L’axe majeur repose sur l’internalisation. Le développement de marques propres structure désormais la stratégie : Hikari pour le gaming PC, Freaks & Geeks pour l’accessoire gaming, Alter Series pour les univers design, GreenJoy en téléphonie, Epic Forge sur les accessoires dédiés aux jeux de société et aux cartes TCG…

    La diversification produit accompagne cette logique. La gamme Hikari comprend déjà plusieurs références (claviers, souris, tapis), complétées prochainement par des casques gaming. Alter Series décline des univers graphiques identifiables — zombie, gangsta, street — appliqués à des formats éprouvés (sacoches, manettes… sur de nombreuses plateformes), enrichis d’éléments différenciants tels que des finitions phosphorescentes. Les performances commerciales valident ces partis pris créatifs. Parmi les succès récents figure également une manette compatible PS5 déclinée dans plusieurs couleurs et designs tendances, qui confirme la pertinence d’une offre technique à prix compétitif. 

    Le segment du jeu de société enregistre une progression soutenue, porté par des titres comme Grizzy & les Lemmings ou Haïku. La marque Epic Forge (accessoires de jeu de société et pour TCG) bénéficie parallèlement de la vitalité des cartes à collectionner. La signature de la distribution de Yu-Gi-Oh! renforce ce positionnement, d’autres accords devant intervenir prochainement.

     

    Quelle place occupent les licences dans votre modèle ?

    Les licences demeurent un moteur significatif, même si leur poids relatif recule au profit des marques internes. En 2026, de nouveaux développements concerneront notamment des franchises issues de partenariats avec Warner, parmi lesquelles DC Comics ou Harry Potter, ainsi que l’univers Yu-Gi-Oh!. Cette stratégie vise à conjuguer puissance des marques mondiales et création de valeur propriétaire.

    Où en est le projet de nouveaux locaux ?

    Le déménagement interviendra au 3e ou au 4e trimestre 2026. Les futurs locaux regrouperont l’ensemble des activités sur un site unique, intégrant des bureaux optimisés et des entrepôts étendus — 2 000 m² au sol pour 3 000 m² de surface exploitable. Cette centralisation générera des synergies opérationnelles substantielles, là où l’organisation actuelle repose sur plusieurs implantations. L’outil industriel ainsi constitué accompagnera la croissance à court, moyen et long terme.

     

    Comment évolue votre présence en points de vente ?

    Le développement commercial s’appuie sur une expertise reconnue auprès des enseignes spécialisées, notamment les réseaux cash. Parallèlement, des partenariats structurants se consolident avec des acteurs tels que Cultura ou Boulanger, tandis que l’expansion internationale s’intensifie. Cette diversification géographique et sectorielle conditionne la pérennité et l’ambition future du groupe.