Innelec : indépendant et de plus en plus diversifié

Acteur historique et indépendant de la distribution high-tech et gaming, Innelec accélère sa diversification vers la pop culture et de nouveaux circuits. Julien Peyrafitte, son Président du Directoire, détaille une stratégie de long terme appuyée sur des fondations logistiques et technologiques renouvelées.

 

Quelle philosophie guide Innelec dans un marché en pleine recomposition ?

Notre indépendance constitue notre atout le plus précieux et notre différence fondamentale. Un actionnariat stable et familial nous affranchit de toute pression court-termiste. Nous construisons sur le temps long, avec une vision stratégique qui se mesure en années, pas en trimestres. Cette liberté nous permet d’accompagner nos partenaires — distributeurs comme fournisseurs — dans des accords durables et mutuellement profitables, sans jamais céder aux logiques opportunistes. Nous voulons que tout le monde prospère. 

 

Quels sont les points forts qui différencient Innelec auprès de ses clients distributeurs ?

Notre force réside dans notre capacité à absorber la complexité pour le compte de nos enseignes partenaires. Une dizaine de commerciaux terrain, quatre vendeurs sédentaires, des échanges réguliers avec les centrales d’achat : nous connaissons les besoins de nos clients avec une précision rare. Cette proximité nous permet de concevoir des rayons multimarques cohérents — sur les produits dérivés ou les accessoires, par exemple — parce que nous sommes les seuls à disposer de l’ensemble des produits sur toutes les catégories et auprès de toutes les enseignes. Nous ne nous positionnons pas comme de simples pousseurs de boîtes. Notre valeur ajoutée réside dans la construction d’écosystèmes complets, capables de créer de la valeur durable en rayon.

 

La diversification constitue-t-elle désormais un axe stratégique central ?

Absolument, et nous n’en sommes qu’au début. La dématérialisation du software contraint l’ensemble des acteurs de la distribution gaming à élargir leur périmètre. Le gaming demeure et demeurera le cœur de notre réacteur — ses fondamentaux restent solides, même si le métier présente une cyclicité inhérente. Mais nous avançons résolument vers des territoires complémentaires. La Pop Culture représente déjà 20 % de notre chiffre d’affaires sur le dernier trimestre fiscal, avec une croissance très soutenue sur les produits dérivés. Une tendance que nous anticipons durable. Nous nous diversifions également vers des segments connexes grâce à des partenariats comme Govee, Verbatim, Sandisk ou PNY — autant de portes d’entrée vers de nouvelles typologies d’enseignes, notamment dans le bricolage. Des circuits où notre légitimité se construit progressivement, mais avec méthode.

 

Comment Innelec se positionne-t-il sur sa capacité à créer des offres globales pour la distribution ?

C’est précisément là que réside notre différence structurelle. Nous ne commercialisons pas des produits isolés — nous construisons des univers. Prenons l’exemple des cartes TCG : nous distribuons des fournisseurs comme Konami, mais nous proposons simultanément tout un écosystème d’accessoires de protection — une trentaine de références Konix — qui amplifie la valeur du rayon pour l’enseigne et optimise le panier moyen. Nous concevons des opérations larges et diversifiées autour de thématiques qui mobilisent des communautés : des licences à forte actualité comme Harry Potter, dont la série arrive en fin d’année, des segments en pleine croissance comme les cartes TCG, ou des phénomènes communautaires comme la K-Pop. Notre capacité à assembler ces univers riches et cohérents représente une proposition de valeur que peu de distributeurs peuvent égaler sur le marché français.

 

Quelle place occupent vos marques internes dans ce dispositif ?

La marque Konix joue un rôle essentiel dans notre architecture commerciale. Elle offre une gamme complète et complémentaire de nos partenaires AAA — Turtle Beach, Sandisk, Thrustmaster, Sony, Nintendo … — aussi bien sur console que sur PC. Nos équipes sélectionnent avec rigueur les produits aux meilleures rotations en magasin, en s’appuyant sur des usines référentes du secteur. Konix ne vient pas concurrencer nos partenaires stratégiques — elle comble des espaces, fluidifie les assortiments et répond aux demandes spécifiques de certaines enseignes. C’est un outil d’agilité commerciale autant qu’une marque à part entière.

 

Vous avez récemment refondu votre plateforme Innelec.com. Quelle en constitue l’enjeu réel ?

C’est un chantier fondamental. L’ancienne plateforme accusait quinze ans d’âge, avec une UX qui ne correspondait plus aux standards du marché. Le nouveau site offre une expérience fluide et opérationnelle pour tous nos revendeurs : accès à nos 10 000 références, gestion des francos, suivi des opérations… Le tout accessible en quelques clics. Depuis sa mise en service en début d’année, nous observons une augmentation significative du trafic et du nombre de commandes. Cet outil revêt une importance particulière pour des enseignes comme les hobby stores, dont les besoins spécifiques supposent une navigation intuitive dans une offre très large. Mais cette performance digitale ne tient que parce qu’elle repose sur des fondations logistiques solides : 15 000 m² à Moussy-le-Neuf, des outils ultramodernes, un ERP renouvelé, une logistique capable de traiter aussi bien un camion de consoles qu’une commande à l’unité pour un t-shirt collector.

 

Comment interprétez-vous la période récente pour Innelec ?

Le contexte de marché a généré une baisse de chiffre d’affaires que nous assumons avec lucidité. Les ajustements effectués — des départs qui s’inscrivent dans la vie normale d’une entreprise cherchant à adapter ses coûts — ne traduisent pas une restructuration mais une optimisation. Nous attaquons cette nouvelle phase avec des bases saines, des outils performants et une vision stratégique claire. La solidité de notre modèle indépendant nous donne la sérénité nécessaire pour traverser les cycles sans jamais remettre en question nos engagements de long terme envers nos partenaires.

 

Comment imaginez-vous Innelec dans cinq ans ?

Une entreprise profondément transformée dans sa composition, tout en restant fidèle à ses valeurs fondatrices. Le chiffre d’affaires, les clients, les fournisseurs, les catégories — tout cela évoluera significativement. Les canaux de vente se diversifieront encore, avec de nouvelles enseignes notamment dans le bricolage. La Pop Culture et les produits dérivés pèseront davantage dans notre mix. De nouveaux marchés enrichiront notre périmètre. Mais Innelec demeurera ce qu’elle a toujours été : un partenaire de confiance, agile, à circuits de décision courts, au service de ses clients. Le gaming restera notre cœur de réacteur. Et notre indépendance, notre boussole.