Bandai Namco Entertainment : entre sérénité et pérennité

Bandai Namco Entertainment poursuit sa croissance dans un marché en pleine mutation, s’appuyant sur un équilibre maîtrisé entre jeux en distribution, créations internes et licences externes, notamment issues des mangas. Arnaud Muller et Christophe Havart, respectivement CEO de Bandai Namco Entertainment Europe et Country Manager France et Benelux, reviennent sur les leviers de cette dynamique.
Comment s’est déroulé 2024 pour Bandai Namco Entertainment France ?
Christophe Havart : L’année 2024 a été particulièrement satisfaisante pour Bandai Namco Entertainment France. Et ce après une année 2023 déjà de très bonne facture pour tout le marché à cause de nombreux jeux repoussés à cause du Covid et la montée en puissance des consoles. Nous avons dépassé nos objectifs grâce à plusieurs lancements majeurs, notamment Tekken 8 (2 millions d’exemplaires vendus dans le monde le premier mois pour une date de sortie le 26 janvier 2024, dont plus de 100 000 (physique et digital) en France Elden Ring: Shadow of the Erdtree (5 millions d’exemplaires ont été vendus dans le monde dans les 3 jours après sa sortie le 21 juin 2024, dont 230 000 en France et Dragon Ball: Sparking! Zero (5 millions de pièce dans le monde depuis la sortie du jeu au 11 octobre 2024) 350 000 pièces écoulées en France physique + digital
Ces résultats sont d’autant plus remarquables que le marché a connu une contraction de 20 à 25 % (selon les données brutes de notre paneliste) après une année 2023 particulièrement dynamique. Nous avons également bénéficié en France de la force de nos éditeurs partenaires, comme Electronic Arts avec notamment EA Sports FC 25 ou Square Enix avec Final Fantasy 7 Rebirth. Ces titres viennent enrichir notre offre et complètent parfaitement nos propres productions.
Comment expliquer la bonne santé de votre structure dans un contexte compliqué ?
Arnaud Muller : Tout repose sur la qualité du contenu. Proposer des jeux qui répondent aux attentes des joueurs est la clé du succès. Le savoir-faire de FromSoftware sur Elden Ring ou de Spike Chunsoft sur Dragon Ball: Sparking! Zero nous permet d’obtenir d’excellents scores métacritiques et d’assurer des ventes solides. Nous avons une approche en plus une approche à 360° de notre activité qui nous permet de toucher aussi bien le grand public que les hardcore gamers et les fans de grandes licences. Nos futures sorties, comme Elden Ring: Night° Reign et Little Nightmares 3, sont déjà très attendues.
Comment se structure votre offre entre produits internes, jeux à licence et titres en distribution ?
Christophe Havart : Notre portefeuille est structuré autour de trois axes : jeux en distribution, productions internes et titres sous licence. En France, plus de 50 % de notre chiffre d’affaires provient de jeux distribués, un équilibre qui peut varier selon les marchés.
Arnaud Muller : Un tiers de notre chiffre d’affaires en Europe vient des produits physiques en distribution. Nos partenariats stratégiques, comme celui de la distribution des produits physiques de Square Enix, initié en France et en Australie, et récemment étendu à plusieurs pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pays Nordiques, Espagne et Italie) témoignent de notre expertise en termes de distribution et de la satisfaction de nos partenaires. Ce qui permet d’avoir relations rentables et pérennes avec nos partenaires.
Nous travaillons également fortement sur une gestion pointue de notre fonds de catalogue qui nous amène des revenus importants, avec par exemple Ace Combat 7 atteignant les 6 millions d’unités vendues dans le monde.
Où en êtes-vous du développement de vos licences internes ?
Arnaud Muller : Développer nos propres licences est un enjeu clé. Little Nightmares 3, développé par Supermassive Games, illustre cette ambition de proposer des créations originales et ambitieuses qui enrichissent notre catalogue.
… Et des jeux utilisant des licences manga/anime, qui sont une de vos spécialités ?
Arnaud Muller : Les licences mangas et d’anime continuent de croître rapidement, en France évidemment, mais aussi aux États-Unis et au Royaume-Uni. Si Dragon Ball, Naruto et One Piece restent nos fers de lance, nous diversifions notre offre en utilisant des licences en pleine ascension comme Bleach ou Jujutsu Kaisen, afin de toucher un public plus diversifié.
Envisagez-vous des opérations de croissance externe ?
Arnaud Muller : Nous n’avons pas prévu d’acquisitions de structures externes, car, historiquement, nous nous développons étape par étape. Mais c’est vrai qu’actuellement, d’un point de vue boursier, cela serait le bon moment d’investir car les meilleures affaires se font la plupart du temps dans les périodes de désinvestissement global…
Comment voyez-vous le marché globalement en 2025 et à plus long terme ?
Christophe Havart : Le marché du jeu vidéo devrait retrouver une croissance soutenue. L’arrivée de la Switch 2 sera un moteur clé pour l’industrie, tandis que la sortie possible de GTA 6 insufflera une dynamique supplémentaire. Et il ne faut pas oublier que les forts parcs installés de la Switch et de la Playstation 5 vont soutenir les ventes de tout le secteur pour encore longtemps.
Arnaud Muller : Toutefois, l’innovation est la clé : si le secteur se limite à de simples itérations de franchises existantes et à de gameplay traditionnel, il risque de s’essouffler. Nous observons donc de près les studios indépendants et investissons dans de nouvelles expériences pour maintenir l’intérêt des joueurs. Globalement, il ne faut surtout pas sous-investir dans le jeu vidéo après y avoir surinvesti. Sinon, le marché va finir par saturer et s’étouffer. Si la clé d’entrée sur le marché pour une nouvelle licence ou un gameplay innovant est complexe, cela donne le dynamisme sur le long terme.
… Et plus particulièrement sur le marché physique ?
Arnaud Muller : Le marché physique, bien que réduit, conserve une base solide à 3 milliards d’euros entre 2027 et 2030 en Union Européenne. Les consommateurs gardent une vraie appétence pour ce support. Avec la concentration des acteurs dans ce segment, nous visons à consolider notre position de leader sur ce segment grâce à un service de distribution optimisé. Pour résumer, nous pourrions avoir une plus grosse part d’un plus petit gâteau. Et ce dans un contexte de croissance globale du jeu vidéo. Notre ambition est de continuer à structurer notre croissance en privilégiant qualité, innovation et diversification, tout en consolidant nos relations avec nos partenaires distributeurs.
