Le jeu vidéo vers un rebond

 

Après une année 2024 mitigée, le jeu vidéo pourrait rebondir durablement. Natacha Hombourger, Sales & Marketing Director de Sparkers, fait le point sur les chiffres de ce début d’année sur le marché et son avenir au lendemain de la sortie de la Switch 2.

 

Comment s’est comporté le marché retail du jeu vidéo en France pour ce début d’année ?
À la semaine 23, le marché physique du jeu vidéo (marché consoles + PC, jeux + consoles + accessoires + cartes prépayées) progresse de 9% par rapport à 2024. L’arrivée de la Switch 2 insuffle un net regain d’activité, avec un segment hardware en hausse de 21%. Les logiciels digitaux et les accessoires affichent également une tendance positive, respectivement à +4% et +3%. Seule ombre au tableau : le recul de 10% du software physique, avec un net rebond depuis le lancement de la Switch 2.

Quel a été l’impact de la sortie de la Switch 2 ?
La nouvelle console de Nintendo stimule l’ensemble de la filière. Elle redonne de la visibilité au secteur et renforce l’attractivité de l’écosystème hardware et software. En étoffant l’offre de la Génération 9, la Switch 2 complète un cycle de renouvellement désormais pleinement installé. Mais le marché ne se résume pas à une console. Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a un beau dynamisme éditorial et commercial global qui soutient les ventes sur toutes les plateformes. Le marché est également porté par la sortie de titres importants et de concepts innovants comme le sera sans doute par exemple ROG Xbox Ally d’Asus. Ce qui offre des perspectives de fin d’année très positives.

 

Comment expliquer cette dynamique dans un cadre économique complexe ?
Le succès de la Switch 2 illustre la nature fondamentalement tirée par l’offre du marché. Lorsqu’une proposition séduit par son contenu, sa technologie ou son originalité, les consommateurs répondent présents. Cette dynamique traduit une forte appétence pour le jeu vidéo et révèle une élasticité-prix bien supérieure aux prévisions. Contrairement aux discours sur une saturation des consoles, les signaux montrent des marges de croissance persistantes. Chaque génération alimente durablement le chiffre d’affaires global. Et cette génération ne déroge pas à la règle. Le joueur adopte aujourd’hui une consommation fluide, transversale : il navigue entre mobile, consoles et PC selon les usages. Les écosystèmes interagissent, se nourrissent mutuellement, amènent des portes d’entrée différentes et créent in fine un cercle vertueux en perpétuelle expansion sur le temps long.

Comment analysez-vous la concentration toujours plus forte du segment sur certaines références ?
La polarisation autour des blockbusters s’intensifie. Dans un contexte de contraintes budgétaires, les arbitrages se renforcent, poussant les consommateurs à privilégier les titres majeurs et les lancements iconiques. Cette tendance, déjà perceptible dans d’autres industries culturelles, structure plus que jamais l’ensemble du secteur. Elle pourrait aussi s’expliquer par des effets d’attente : une partie du public aurait reporté ses achats de début d’année afin d’investir dans la Switch 2, contribuant mécaniquement à la concentration des ventes. Cependant, il y a également des belles surprises sur des titres AA, comme le succès du jeu Clair Obscur : Expédition 33 sorti en semaine 17.

Comment se porte la catégorie jeu vidéo software ?
Les perspectives du software s’annoncent solides pour 2025. Les jeux qui sortent actuellement sont développés depuis plusieurs années. Le marché bénéficie donc à la fois de projets lancés au moment de la crise sanitaire, des reports accumulés sur 2023-2024, et de la montée en puissance des consoles nouvelle génération. Ce croisement de cycles engendre une densité de sorties remarquable. Dès le premier semestre, des titres tels que Assassin’s Creed Shadows, Clair Obscur : Expedition 33, Mario Kart World, Elden Ring : Nightreign, Monster Hunter Wild ou encore Civilization VII marquent le calendrier. Le second semestre s’annonce tout aussi dense. Par ailleurs, le report de GTA VI pourrait dégager de l’espace médiatique et commercial pour d’autres titres majeurs, dont les performances pourraient dépasser les prévisions initiales.

Comment se sont comportés les accessoires gaming ?
À fin mai, le segment progresse de 3%. Les manettes et les casques de réalité virtuelle affichent respectivement +3% et +12%, tandis que certains sous-segments, comme les casques gaming (-19%) ou les claviers (-22%), reculent. Toutefois, le bon niveau de ventes de consoles devrait mécaniquement tirer la catégorie vers le haut dans les prochains mois.

Comment envisagez-vous la fin d’année ?
Avec la Switch 2, l’offre console de la Génération 9 atteint une maturité complète. Cette consolidation laisse entrevoir un second semestre dynamique, soutenu par une montée en puissance des accessoires et des contenus. Le marché devrait continuer à se structurer autour de nouveautés technologiques, d’expériences de jeu enrichies et d’un renouvellement constant de l’offre. L’écosystème dans son ensemble s’oriente vers un élargissement durable, porté par l’innovation et par une demande toujours active.