La vidéo physique, garante de la préservation et de la valorisation des œuvres

 

Face à l’évolution des usages, le marché de la vidéo se redessine. Maxime Gruman, Directeur Vidéo & VOD de Gaumont, nous livre sa lecture des mutations en cours.

 

« Le marché de la vidéo connaît aujourd’hui une transformation profonde, davantage qu’un déclin. On assiste à une recomposition des usages selon les typologies d’œuvres.

 

Sur les nouveautés salles, la consommation a clairement basculé. En dehors des blockbusters américains, des films d’animation ou de quelques très grands succès, la vidéo physique n’enregistre plus les mêmes niveaux de performance qu’auparavant, y compris pour des comédies françaises pourtant très bien exposées en salles. Dans ce contexte, c’est la TVOD qui s’est imposée comme le mode d’accès privilégié : même temporalité dans la Chronologie des médias, prix attractif, immédiateté d’usage. Pour une grande partie du public, ces œuvres relèvent désormais d’une logique de consommation plutôt que de possession.

 

Pour autant, la vidéo physique conserve un rôle structurant. D’une part, les nouveautés restent essentielles pour faire vivre les linéaires en magasin : elles génèrent du trafic, entretiennent la visibilité du rayon et permettent, par effet d’entraînement, d’exposer le catalogue. D’autre part, et c’est sans doute là que se joue son avenir, la vidéo physique s’impose comme un outil de valorisation et de préservation des œuvres. À l’heure où les plateformes tendent à se concentrer, de nombreux films deviennent indisponibles en version dématérialisée.
Le support physique garantit justement une continuité d’accès. Chez Gaumont, cela se traduit par un travail constant de maintien en disponibilité du catalogue, notamment à travers la collection Gaumont Découverte DVD, la plus grande collection vidéo en France avec plus de 600 titres. Une partie importante de ces films n’existe pas sur les plateformes, faute de masters HD. Ce travail s’inscrit dans une politique éditoriale plus large, avec également les collections Gaumont Découverte Blu-ray et Gaumont Classiques, qui comptent chacune plus de 300 références. Si ces œuvres restaurées sont, pour beaucoup, disponibles en VOD, leur présence en vidéo physique permet d’en proposer une mise en valeur plus durable, éditorialisée et qualitative, dans une logique de transmission du patrimoine.

 

Parallèlement, on observe une montée en puissance des éditions patrimoniales en Blu-ray 4K. Ce segment répond à une attente forte d’un public de passionnés, prêt à investir dans des éditions dites  » définitives « , tant sur le plan technique qu’éditorial. La qualité des restaurations, le soin apporté à l’authoring, la richesse des suppléments et le travail sur le packaging deviennent ici des éléments déterminants de la valeur.

 

Ainsi, le marché de la vidéo physique se recentre progressivement sur un modèle plus ciblé, fondé sur la valeur plutôt que sur le volume. Il repose sur un équilibre entre nouveautés qui structurent la présence en magasin, et catalogue qui constitue le cœur de sa proposition.

 

Pour accompagner cette évolution, plusieurs leviers apparaissent essentiels : le maintien de la visibilité en point de vente, la préservation d’une fenêtre dédiée dans la Chronologie des médias et un niveau d’exigence éditoriale élevé, capable de différencier clairement l’offre physique de l’offre dématérialisée.

 

Dans ce cadre, la vidéo physique conserve un avenir réel, à condition d’assumer pleinement sa spécificité : celle d’un média de référence pour la conservation, la transmission et la valorisation des œuvres. »