« Le marché de la vidéo physique n’a pas dit son dernier mot »

 

Vétéran du marché de la vidéo, Eric Saquet, président fondateur d’ESC Films, passé notamment par Warner Home Vidéo et Bac Films, revient sur 30 ans de mutations profondes et défend un marché physique désormais tiré par les éditions premium. 

 

Quels ont été les grands tournants du marché de la vidéo au cours des 30 dernières années ?

D’abord exclusivement locatif, le marché de la vidéo a connu une première bascule dans les années 90 en s’ouvrant à la vente. L’arrivée du DVD en 1997 marque un second tournant décisif, propulsant le secteur dans une autre dimension avec une croissance exponentielle jusqu’en 2004, et ouvrant au passage la voie à la haute définition avec le Blu-ray, puis le Blu-ray 4K. S’en est suivi un déclin presque inexorable, sous l’effet de la piraterie et de la dématérialisation des usages, qui s’est accompagné de la quasi-disparition des vidéoclubs dans les années 2010, au profit de la TVoD. Et malheureusement, la crise du Covid est venue encore accentuer cette chute, participant à l’explosion des plateformes SVoD au détriment du marché physique. En 5 ans, la taille du marché a ainsi été divisée par 2, passant de 300 millions d’euros fin 2019 à 150 millions en 2025. Pour autant, je reste résolument optimiste, convaincu que le marché va se stabiliser, comme d’autres avant lui, porté par un public de passionnés et de cinéphiles collectionneurs fermement attachés aux supports physiques.   

 

Comment le modèle économique des éditeurs indépendants a-t-il évolué ? 

En 30 ans, le modèle a radicalement changé. Là où, à l’âge d’or de la vidéo, le marché reposait sur des logiques de volume avec des mises en place massives et une capacité à absorber des retours importants, on est passé aujourd’hui à une gestion beaucoup plus mesurée et calibrée. Chaque sortie fait désormais l’objet d’un ajustement quasi chirurgical. Dans le même temps, les coûts de transport, de logistique et de fabrication – accentué par l’essor de la 4K – ont littéralement explosé, rendant leur maîtrise absolument vitale. L’accès au contenu s’est également complexifié. Nous atteignons en effet un stade où les films de patrimoine encore inédits en Blu-ray ou Blu-ray 4K se raréfient. Ce qui alimente une inflation des prix d’acquisition, avec des minimums garantis parfois déconnecté de la réalité du marché. Le modèle repose ainsi désormais sur une exécution extrêmement fine et des équipes expertes capables de piloter chaque projet avec précision. 

 

Quels sont aujourd’hui les enjeux pour les éditeurs indépendants ?

La visibilité en magasin reste un enjeu clé, conditionné par l’engagement des enseignes. D’où l’importance de continuer à communiquer, notamment via un magazine comme MultiMédia à la Une, partenaire de référence du marché depuis 30 ans. Côté éditeurs, l’enjeu est de recréer de la valeur, en se recentrant sur des éditions premium, enrichies de contenus éditoriaux à forte valeur ajoutée (nouveaux masters 4K, bonus inédits, livrets…) et disponibles en quantité limitée. Une stratégie amorcée chez ESC Films en 2022 et que nous allons poursuivre de manière appuyée, en resserrant notre line-up autour de films porteurs et attendus. Nous prévoyons ainsi de sortir à partir de cette année 2 titres par mois, dont 80% en hyper collector et le reste en collector, en privilégiant la 4K. On le voit, quand la qualité est au rendez-vous, les consommateurs répondent présent et sont prêt à payer un prix élevé, comme en témoigne le récent succès des éditions ultra collector du Silence des Agneaux, avec environs 6 000 exemplaires vendus en précommande (2 219 collector + 3 764 Steelbook – source : GFK).